Création automne 2026
Lise a une décision à prendre. Une réponse à donner demain, avant midi, à ceux qui lui proposent un engagement qui est aussi une aventure. Deux ans qu’elle travaille au sein d’un collectif en charge de l’accueil des réfugiés, deux ans qu’elle s’implique de plus en plus dans ces actions humanitaires après une vie universitaire et professionnelle accomplie. Il est désormais question qu’elle parte loin, et longtemps, pour monter un pôle de formations dans un camp de réfugiés, ce qui implique de quitter ceux qu’elle aime pendant près d’un an : Vincent, et leurs enfants encore jeunes Rachel et Léo. Ce soir, autour de la table du dîner, ses amis sont là : Pierre, ami des années étudiantes et directeur d’un institut de sondage, sa femme Natasha, artiste et nouvellement mère, Carlos, prof de philo et Vincent, restaurateur doué avec qui Lise vit depuis plus de vingt ans. D’emblée, par la vertu de l’amitié, la décision de Lise devient le centre de la conversation, et l’objet d’une dispute collective : Carlos, Natasha, Pierre, tous vont penser ensemble ce qui se joue dans ce désir de « faire quelque chose », de « porter sa vie au-delà de sa vie », de se relier au monde. Le repas devient dès lors le foyer d’une réflexion en mouvement, la scène où s’élabore une parole multiple et digressive, grave, tendue, joyeuse, une parole tâtonnante qui cherche à s’ajuster au présent, et tente de capter l’état d’une femme déchirée entre l’intime et le politique.
Distribution
Pièce pour cinq interprètes écrite par Maylis de Kerangal
Production Collectif ildi! eldi (en cours)
Coproduction et soutiens Théâtre du Point du Jour – Lyon – Théâtre des Halles – Avignon, Théâtre d’Arles, La Chartreuse, centre national des écritures pour le spectacle vivant – Villeneune-les-Avignon
Mise en scène Antoine Oppenheim et Sophie Cattani
Distribution Sophie Cattani, Angélique Clairand, Fredéric R Fisbach, Nelson Raffael Madel et Antoine Oppenheim
Son Guillaume Bosson
Note de l’autrice
Il s’agit d’une femme d’une quarantaine d’années, une femme réfléchie, dont les actions recherchent la justesse, l’efficacité, une certaine sagesse. Elle ne tient pas de discours, elle est sobre et sans emphase, intense. Elle travaille pour la communication d’un groupe de presse et soudain elle est désœuvrée, en latence. Elle vit depuis longtemps avec un homme qu’elle aime, et des enfants devenus des adolescents, Une vie protégée, une vie stable et dense, mais une vie où les choix déterminants, en quelque sorte, sont derrière elle et c’est sans doute ce qui soudain la fait souffrir. Ce que je veux sonder c’est le mouvement quasi sismographique d’une femme qui se déroute à bas-bruit. Le trouble et l’étonnement d’un être qui se relie progressivement à un monde plus vaste que le sien, à un cercle de vie plus fragmentaire, plus chaotique plus sombre. Au cœur de ce mouvement, se pose la question du langage : elle doit désapprendre la communication pour apprendre à parler. Ce qui m’intéresse c’est qu’elle se débatte, c’est de tracer la cartographie de l’adversité (amoureuse, familiale, sociale, étatique) et que tout cela questionne sa place, la conduise à penser sa place. C’est l’histoire d’une prise d’élan, et c’est aussi celle d’un arrachement violent. J’ai pensé au titre du film de Godard Vivre sa vie, je me suis demandé ce que cela voulait dire.